Le 5 Octobre 2006

La vieille politique

Tous les candidats ont un site, mais l’utilisation d’Internet n’est encore qu’une posture

Alors que les entreprises inventent sans cesse de nouvelles façons de mettre Internet au service de leurs stratégies commerciales, les partis politiques français semblent incapables d’utiliser les formidables potentialités de ce moyen de communication. Ils continuent de désigner leurs candidats par des votes approximatifs, dans des urnes en bois, après d’obscures tractations en arrière-salle. Ils persistent à élaborer leurs programmes par de laborieux compromis entre des délégués pour la plupart autoproclamés. La prochaine élection présidentielle ne semble pas s’annoncer sous de meilleurs auspices.

La démocratie française aurait tout à gagner à étudier ce qui vient de se passer ailleurs: en Corée du Sud, où le président fut élu en 2003 contre les sondages et contre les médias officiels, avec l’appui du seul OhmyNews, site Internet reposant sur un réseau de 23 000 «reporters citoyens», qui reçut plus de 20 millions de visiteurs par jour. En Israël, où la mise en circulation sur le Net d’innombrables clips sans cesse actualisés bouleversa les intentions de vote en mars. Aux Etats-Unis, où un nombre considérable de sites préparent les primaires de novembre et où plus de la moitié des électeurs reconnaissent qu’Internet peut désormais influer sur leur choix. Au Brésil même, où Internet vient de faire vaciller le président sortant.

En France, tous les candidats ont un site, un forum, un blog, mais il n’existe presque pas de sites coopératifs; personne ne met en ligne de vidéoclips argumentés. L’utilisation d’Internet n’est encore, comme tout le reste dans cette campagne, qu’une posture. Nul ne semble pressé d’utiliser réellement un tel instrument, dont chacun devine bien qu’il va balayer la vieille politique. Au total, et comme toujours, l’électeur est, dans notre pays, beaucoup moins bien traité que le consommateur.

Pourtant, il serait possible de faire autrement: il y a en France près de 30 millions d’internautes, soit 1 habitant sur 2; il y a plus de 9 millions de blogueurs, soit 1 citoyen sur 7; plus de 12 millions de personnes lisent au moins un blog une fois par mois. C’est énorme: visiblement, nombre de citoyens ont beaucoup à dire. Si l’on ne veut pas qu’ils l’expriment un jour de façon brutale, il appartient à la classe politique, syndicale, associative et médiatique de se donner les moyens de les écouter vraiment, en créant de grands sites coopératifs, politiques ou privés, encadrés par des tuteurs, des notateurs, des relecteurs: futurs métiers de la nouvelle politique.

j@attali.com



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