L’entreprise et l’effet réseau
Ouvrage coordonné par Danièle Bretelle-Desmazières et Liliane Vézier
Pour commander ce livre, www.lavoisier.fr/
Introduction
Un TRANSinfo pour ” l’entreprise et l’effet réseau ” ?
Liliane Vézier
Présidente de la commission Management de l’information et de la communication
du Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France.
Enseignant chercheur en information et communication scientifique et technique à l’Université de technologie de Compiègne
TRANSinfo présente ici son troisième volume consacré aux réflexions menées au carrefour de l’évolution des systèmes et technologies de l’information et de la communication et de l’évolution des entreprises et des organisations.
La caractéristique de TRANSinfo est de nourrir sur ces questions une réflexion interdisciplinaire, à laquelle participent à la fois des chercheurs et des professionnels provenant des différents métiers et domaines concernés dans les entreprises ou les institutions. Ainsi, les participants exercent leur activité dans des domaines aussi variés que la communication interne ou externe, l’informatique, le management des ressources humaines, la gestion des connaissances, les systèmes d’information, de documentation, de veille technologique ou stratégique, d’intelligence économique ou de communication et rédaction technique.
Ces réflexions sont nées dans le cadre des travaux de la commission Management de l’information et de la communication (MIC) du Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France, commission que j’ai l’honneur et surtout le plaisir de présider. Elles se développent grâce à une coopération active et fructueuse avec la commission Information et communication de la Fédération mondiale des organisations d’ingénieurs, présidée par Jean Michel, ainsi qu’avec le service des Rencontres du Conservatoire national des arts et métiers, dirigé par Dominique Lecoq.
Je tiens ici à remercier ces institutions et ces personnes pour leur soutien et leur action positive et efficace au service de TRANSinfo. Je remercie, également, tous les membres de la commission MIC qui ont apporté une contribution active et de qualité à ces travaux, dans une ambiance chaleureuse et fructueuse : qu’il me soit permis de citer particulièrement Camille Hedrick, maintenant à Dallas, pour sa contribution active et sa relecture des textes en anglais.
TRANSinfo se concrétise, à intervalles réguliers, tous les deux ou trois ans, par une rencontre internationale, sous forme de colloque. Les participants sont des responsables du management et de l’organisation, des responsables des services de communication, des spécialistes de la rédaction technique ou de l’ingénierie documentaire, des personnes chargées de la veille technologique ou des systèmes documentaires, des consultants ainsi que des chercheurs, spécialistes de sociologie, de psychologie, de gestion ou de sciences de l’information et de la communication.
Ces réflexions s’enrichissent de travaux complémentaires et donnent lieu, à chaque étape, à une publication de synthèse qui en mémorise l’évolution et donne le départ d’une nouvelle évolution dans la démarche.
Le premier TRANSinfo a traité du lien entre projet d’entreprise et transfert d’information. Ce thème a été abordé sous différents aspects : le coût et la valeur économique et symbolique de l’information, la fonction d’information et la fonction d’encadrement et de management, les risques liés à la production, au traitement et à la diffusion de l’information, la notion de réseau d’information et sa mise en œuvre dans l’entreprise, etc.
Le second TRANSinfo avait pour thème : Modèles de communication et stratégies d’entreprise : problème d’organisation ou problème de management ?
La réflexion s’appuyait sur le fait que, dans le mouvement de mondialisation de l’économie, l’information communication comprise comme système global de traitement et d’échange de toute information était devenue l’élément structurant des organisations, qu’elles soient entreprises ou associations. Ainsi, toute institution, à son insu ou le sachant, se trouvait porteuse d’un ou plusieurs modèles de communication procédant le plus souvent d’ajustements pragmatiques successifs, souvent liés à la nécessité d’acquérir des moyens techniques nouveaux pour répondre à la demande du marché. Les travaux mettaient en évidence l’incidence de l’introduction de nouvelles technologies d’information et de communication sur les comportements individuels, les compétences, les métiers et sur les organisations.
Ce troisième volume : L’entreprise et ” l’effet réseau ” traite de l’incidence des réseaux d’information et communication sur l’organisation et le fonctionnement des entreprises avec ses conséquences sur la modification des métiers, l’apparition de nouveaux modes de travail, ou encore les changements dans des secteurs d’activité aussi divers que des branches industrielles, le secteur de la santé, celui de l’éducation et de la formation. Il va même au-delà et regarde l’incidence de l’arrivée des réseaux sur la vie sociale avec le cas d’une ville ou d’associations. Le concept d’entreprise est, en effet, considéré ici dans une large acception et étendu aux organisations et structures productrices d’activité ou de services du secteur public ou privé.
Le présent volume comporte de nombreuses études de cas, car il nous paraissait essentiel d’ancrer nos travaux dans la réalité d’expériences vécues. Ces exemples très concrets sont entourés de textes proposant une vision plus globale, une analyse comparative, une réflexion ou une approche plus théorique. Leur objet est de permettre à ceux que ces questions inquiètent ou interrogent, à la fois d’évaluer la situation actuelle, de mesurer les changements en cours, et aussi d’imaginer de nouvelles perspectives pour l’évolution de leur entreprise, de leurs conditions de travail ou de leur vie sociale.
Le troisième colloque TRANSinfo avait proposé à ses participants quatre sessions :
les nouveaux espaces de communication et de travail ;
groupware et Internet : conséquences sur l’organisation et le travail ;
réseaux : nouveaux fonctionnements pour la ville, la santé et l’entreprise ;
génération Web : nouvelle culture, nouveaux managements.
Le présent document s’est, certes, nourri de la réflexion de ce troisième colloque TRANSinfo qui s’était déroulé en juin 1998, mais il a été considérablement enrichi par la poursuite de la réflexion et l’apport de nombreux textes complémentaires émanant de nouveaux auteurs. Ainsi, dans sa première partie, sont rapportés le programme, un compte rendu et la synthèse originale du colloque, effectuée sur le vif par Pierre Verneuil. La deuxième partie, beaucoup plus volumineuse, propose un cheminement à travers trois chapitres qui permettent d’aborder successivement l’effet du développement des réseaux d’information et de communication sur :
l’organisation des entreprises, avec une part importante accordée à des expériences de mise en place d’intranets ;
l’évolution des métiers et des façons de travailler, avec une part importante accordée au télétravail et aux téléactivités ;
l’évolution de différents secteurs, avec des modifications dans l’organisation d’activités professionnelles ou dans la vie sociale.
Certains témoignages concernent plusieurs de ces aspects, notre classement présente donc une part d’arbitraire. Il a toutefois l’avantage de mettre en évidence les aspects qui nous ont paru les plus convergents et les plus significatifs des évolutions observées.
Au-delà de la conception générale de ce document, nous nous sommes efforcées, Danièle Bretelle-Desmazières et moi-même, d’organiser cette publication et de l’enrichir d’un appareil de lecture qui en facilite l’accès et l’utilisation. Cet appareil de lecture est composé d’une introduction, d’une conclusion, de sommaires, de tables, et de ce que nous avons appelé des aperçus au début de chaque texte. Ces aperçus ont pour ambition d’introduire la lecture : selon les cas, ils présentent les circonstances de l’écriture, son contexte et, le plus souvent, des éléments de contenu. Ils devraient permettre au lecteur de se situer devant des informations d’origine, de nature et de construction différentes. Cette organisation reflète aussi notre propre regard sur ce thème et sur ces travaux. Nous espérons que le lecteur y trouvera son compte.
Afin de faciliter l’approfondissement des nombreux aspects envisagés, et pour compléter les références propres aux auteurs, citées par eux-mêmes dans le cours ou à la fin de leur texte, une synthèse bibliographique sur le thème général de l’effet réseau a été réalisée par Madeleine Maillebouis et Corinne Lespessailles, que nous remercions pour la qualité de leur travail. Cette bibliographie constitue le dernier chapitre de l’ouvrage et permettra au lecteur d’élargir ses horizons sur le sujet.
Une autre façon d’élargir ses horizons sur le thème des ” effets ” du développement des systèmes et technologies de l’information et de la communication au sein des entreprises et des organisations est pour nous de préparer TRANSinfo 2000.
Le colloque TRANSinfo 2000 se déroulera le 24 novembre, dans le cadre du Salon de l’ingénieur, manifestation importante organisée par le Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France.
En 2000, le thème sera celui de l’incidence du développement des technologies de l’information et de la communication sur l’évolution des entreprises et des activités (du métier) des ingénieurs. Plus précisément, il sera question de nouvelle économie et d’entreprise nouvelle : des techniques de l’information à la logique de compétences.
Nous avons choisi de traiter d’entreprise nouvelle et non de nouvelles entreprises car, si les phénomènes liés aux starts up et autres entreprises du secteur de l’information sont importants et parfois spectaculaires, leur intérêt reste très limité et ponctuel, marginal par rapport à un processus d’ensemble. Il nous paraît plus utile d’attirer l’attention et d’instruire la réflexion sur un phénomène beaucoup plus conséquent et étendu, celui du changement intrinsèque des entreprises existantes, grandes, moyennes ou petites, quel que soit leur secteur d’activité, du fait de l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Ces changements concernent les méthodes, les outils, les procédés et procédures et modifient profondément la réalité des entreprises, ce qui nous a amenés à parler de ces entreprises nouvelles qui se construisent à partir de ces changements. Après un temps de réflexion sur le thème des NTIC et de la société de l’information, on abordera successivement, à partir d’exposés et de comptes rendus d’expériences, l’incidence des TIC sur :
le positionnement du cœur d’activité des entreprises,
les conditions de la conception, de la production, de la distribution et de la maintenance,
le concept d’entreprise : entreprise-projet, entreprise virtuelle, entreprise fugace,
les compétences.
Ceci permettra d’aborder les évolutions induites par les TIC sur le travail humain et sur les compétences, sur l’autonomisation de l’homme par rapport à la distance, au temps, au pouvoir et à la connaissance.
Comme on le voit, ce prochain colloque prolongera la réflexion présentée dans cet ouvrage. Qu’il me soit permis d’inviter le lecteur à y participer…
Conclusion
L’effet réseau au cœur de l’articulation du XXe au XXIe siècle
Danièle Bretelle-Desmazières
Maître de conférences HC au Conservatoire national des arts et métiers
Au cours de l’histoire, le développement des sociétés a généralement été rythmé par l’avènement de technologies liées au support et à la transmission de l’information. En effet, les innovations apportées par le livre imprimé, les techniques de l’image et du son, l’audiovisuel, les télécommunications, l’informatique, ont, chacune à leur tour, impulsé une étape de l’évolution de notre civilisation.
Une remarquable accélération de la succession de ces innovations a marqué la deuxième moitié du vingtième siècle. Cette période a été caractérisée par une augmentation gigantesque du volume des données disponibles, une amélioration rapide des performances des outils permettant leur traitement technique et leur circulation et surtout un accroissement du rôle de l’information dans tous les processus. Ces facteurs ont accéléré le passage de la société post-industrielle à la société de l’information qui, à son tour, évolue, à l’aube du vingt-et-unième siècle, vers la société de la connaissance. Il est unanimement admis, aujourd’hui, que de simples évolutions technologiques ne suffisent pas à expliquer ces mutations aussi rapides que radicales.
Les dix dernières années du siècle resteront, certes, marquées par le développement des réseaux électroniques, mais au-delà de la technique, c’est, comme le montrent les réflexions développées dans le présent ouvrage, l’impact des possibilités nouvelles de communication et d’interactivité ainsi que leurs conséquences sur l’organisation, la formation, les métiers, la vie citoyenne et, plus généralement, sur tous les domaines de la société, qui se révèlent déterminants et constituent l’articulation avec le vingt-et-unième siècle.
Une rapide rétrospective de la décennie qui s’achève met en évidence la richesse de l’évolution dans tous ces domaines. Force est d’abord de constater que la forte croissance qu’avait connue l’informatique, et surtout la micro-informatique, se trouvait confrontée, au début des années 1990, à une sorte d’inertie. Les systèmes d’information, alourdis par la multiplicité des standards non compatibles entre eux, ne répondaient plus aux attentes que des investissements conséquents avaient laissé escompter. De plus, il apparaissait que l’introduction d’outils modernes dans les structures en place, à la seule fin d’automatiser des procédures existantes, ne suffisait pas pour répondre aux exigences nouvelles d’innovation, de gain de productivité, d’internationalisation nées de la concurrence accrue.
Consciente du rôle croissant de l’information, l’entreprise, notamment, commençait à envisager d’en relever les défis en repensant son organisation autour des flux d’information. Cette restructuration de l’outil de production et de commercialisation, à la base du mouvement de re-engineering, se développait d’abord aux États-Unis, puis en Europe.
Vers cette époque, l’irruption des nombreuses possibilités offertes à grande échelle par les réseaux électroniques venait bouleverser la situation et l’Internet devait rapidement devenir un standard de communication. Il faut reconnaître que l’avantage de la simplicité apporté par le réseau des réseaux en fait un élément de choix pour la restructuration, non seulement des processus internes de l’entreprise, mais aussi de toutes les relations de celle-ci avec ses partenaires extérieurs. C’est donc dans cette re-fondation de leurs réseaux de communication que se sont engagées les entreprises. Très rapidement on a pu observer que l’utilisation rationnelle de la technologie Internet constituait un atout significatif sur de nombreux plans et allait au-delà d’un simple outil supplémentaire.
Au plan interne comme au plan externe, le réseau développe une logique de coopération : plusieurs témoignages, issus de divers types d’entreprises ou d’organisations qui ont mis en place un intranet, soulignent les avantages immédiats et mesurables dans le domaine de la communication, du partage de l’information, de la productivité interne, du travail en équipes et par projets, du travail à distance, de la gestion des connaissances et de la satisfaction des collaborateurs. L’extension de cette technologie sous forme d’extranet qui conduit à la notion d’entreprise étendue, par les relations rapides et peu coûteuses avec les principaux partenaires, favorise la réponse aux attentes des clients, la diminution des stocks, les gains de temps, la diminution des frais financiers, etc., d’où une amélioration de la compétitivité.
Enfin, l’ouverture raisonnée, sur l’extérieur, par le biais d’Internet, a un impact positif par une connaissance, en temps réel, du monde entier et une meilleure interaction avec l’environnement national et international, qui favorisent la réactivité et l’anticipation. En réduisant le nombre d’interfaces, le réseau accélère la prise de décision et marque une rupture fondamentale avec la logique habituelle : l’informatique associée aux télécommunications n’est plus centre de coût mais source de compétitivité.
Au-delà des entreprises et des organisations, les branches d’activité toutes entières sont touchées par l’impact des réseaux électroniques. L’apport de ces derniers concerne l’ensemble des flux : les flux de produits, d’informations, de connaissances, les flux financiers, les flux humains, etc. Cette influence sera sans doute le moteur d’une nouvelle configuration et d’une dynamique propre à chaque secteur, comme le montrent les exemples ponctuels cités dans cet ouvrage, et qui concernent des domaines aussi divers que la santé, la distribution dans un secteur de la branche du textile, la production de contenus de documents audiovisuels.
Dans une perspective plus large que le seul secteur productif, certaines contributions évoquent l’apport des réseaux dans d’autres domaines majeurs de la société de notre pays (l’éducation nationale, la ville, le secteur associatif) et laissent entrevoir les évolutions importantes qui pourraient être engendrées dans ces domaines.
Cette reconfiguration de l’organisation et du mode de fonctionnement aux différents niveaux prend place dans un mouvement de mondialisation des échanges déjà amorcé depuis plusieurs années mais largement accéléré par les possibilités offertes par les réseaux. Le changement va très vite et la nécessité d’anticiper est permanente. Ce que l’on appelle la nouvelle économie nécessite de nouveaux profils de compétences multidirectionnelles, qu’il est très difficile de définir précisément, d’où la difficulté actuelle de concevoir les formations adéquates.
Les effets des réseaux, qui se sont d’abord manifestés sur l’organisation et le management, touchent également la nature du travail de l’individu, sa formation, son mode de vie, induisant finalement un bouleversement majeur dont les implications se répercutent sur la société dans son ensemble, ce qui ouvre non seulement beaucoup de champs de réflexion, mais aussi de perspectives.
Table des matières
Première partie
Une première approche : le colloque TRANSinfo 1998
Vers la problématique de ” l’entreprise et l’effet réseau “, par Pierre VERNEUIL, chercheur consultant au CESD - Université de Marne-la-Vallée
Ce texte reprend la synthèse réalisée, ” sur le vif “, au soir du colloque. Il ne prétend pas résumer les travaux, mais donne le point de vue de son auteur, en forme de synthèse, au terme du débat d’idées échangées par les participants tout au long de la journée.
L’auteur a repris un certain nombre de considérations en guise d’état des lieux, puis analysé les impacts de l’effet réseau sur le fonctionnement concret des organisations, la recomposition des métiers et des compétences. Il propose sa représentation de l’effet réseau qui repose, selon lui, sur trois cultures combinées avec ces nouveaux outils : la culture stratégique, la culture de réseau et la culture de l’innovation.
L’entreprise et l’effet réseau, un regard sur le colloque du 8 juin 1998, par Michèle BATTISTI, Chargée de mission pour les programmes européens à l’ADBS, Association des professionnels de l’information et de la documentation
Ce texte de synthèse a été publié, après le colloque TRANSinfo 98, dans la revue Documentaliste – Sciences de l’information, puis dans la revue ID. Il s’agit d’un reportage sur ce colloque, qui rappelait, en préambule, les circonstances de l’organisation de cette manifestation, en marge du congrès IDT98, par le Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France (CNISF), la Fédération mondiale des organisations d’ingénieurs (FMOI) et le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).
L’article présentait ensuite le thème en précisant que le colloque TRANSinfo 98 s’était penché sur la nouvelle configuration des entreprises et des organisations à l’heure des réseaux électroniques d’information. La suite du texte offre l’avantage de résumer les différentes étapes et de donner le regard d’une professionnelle de l’information dont l’activité s’exerce à l’échelle européenne.
Deuxième partie
L’entreprise et l’effet réseau : une vision élargie
L’effet réseau sur l’organisation
Les entreprises sous le choc des réseaux : difficultés et promesses des approches microéconomique et stratégique, par Claude KARR, sous-directeur à Euler-Sfac (Société française d’assurance crédit), responsable du service Analyse d’entreprise
Dans leur recherche constante d’une vision globale et prospective, les entreprises doivent considérer les modifications envisageables dans l’ensemble des dimensions de leur environnement, récemment bouleversé par l’irruption des réseaux informatiques. À la lumière de sa réflexion, fondée sur l’expérience de praticien qui est la sienne, l’auteur met en évidence les difficultés d’analyse de l’impact réel que les réseaux ont sur la rentabilité et la compétitivité de l’entreprise, notamment grâce à leur action positive sur la réduction des coûts informationnels et la création de valeur pour le client. Il propose quelques pistes pour l’élaboration de méthodes qui, en l’état actuel de la situation, demanderait que soient capitalisés les expériences, les témoignages, les analyses. C’est dans cet objectif que l’auteur, à travers la création du site www.multimania.com/observatoireseau, souhaite apporter sa contribution à ce nécessaire effort collectif.
Intranet et l’organisation : quels outils de gestion pour quel management ? par Thibault de SWARTE, maître de conférences, responsable du mastère ” Ingénieur d’affaires européen ” à l’École nationale supérieure des télécommunications de Bretagne
Intranet est un système d’information réparti, un réseau privé d’entreprise, qui utilise les produits et les technologies d’Internet, notamment le protocole IP, pour fournir des applications multimédias à une organisation. Dans le contexte de son développement extrêmement rapide, ne faut-il pas partir des nécessités de l’organisation et du management, se demander quels outils sont réellement nécessaires à l’entreprise réticulaire plutôt que de s’attacher aux résistances au changement fatalement induites par ce nouvel outil de gestion ?
La première partie de la contribution s’interroge sur la pertinence opérationnelle d’intranet : permet-il réellement le travail à distance ? Est-il susceptible de figurer dans l’offre d’un cabinet conseil, spécialisé en technologies de l’information ? Dans une deuxième partie, deux fonctions d’intranet au sein des organisations sont identifiées : d’une part, une fonction de fixation et de capitalisation de l’information et, d’autre part, une fonction de circulation de l’information. Enfin, dans une troisième partie, on s’attache à identifier différents scenarii d’appropriation sociale d’intranet, en confrontant les attitudes possibles du management et des membres de l’organisation en fonction de leur degré d’implication réciproque.
Cette contribution est un peu à l’image d’intranet dont la souplesse de l’architecture réseau est la vertu principale. Son intérêt réside en effet autant dans son architecture que dans son contenu. Trois aspects du rôle d’intranet en tant qu’outil de gestion sont en effet développés. Tout d’abord, on s’attache à la dimension de l’auto-apprentissage technique de la création d’un serveur intranet par un groupe d’élèves de l’ENST Bretagne dans le cadre de leurs projets de troisième année. Ensuite, on s’intéresse à l’analyse du rôle managérial d’un outil de gestion tel qu’intranet, analyse qui a été élaborée à l’issue du travail commun du groupe et du professeur. Enfin, un travail de nature plus sociologique est conduit sur la base des travaux du groupe, cherchant à caractériser la nature des relations possibles entre dirigeants et membres d’une organisation confrontés à la mise en place d’un intranet.
Intranet : la révolution Internet dans les entreprises: le cas de Cap Gemini, par Jean-Paul FIGER, vice-président du groupe Cap Gemini
Ce texte, réinterprété avec talent et une riche illustration lors du premier colloque, présente une approche générale des principes de mise en place d’un intranet dans une entreprise.
Le cas de Cap Gemini est ensuite présenté avec une évaluation de la progression rapide de son utilisation, et de ses conséquences sur l’amélioration de la communication interne, de la productivité individuelle, du développement du capital de connaissances, et enfin, du taux de satisfaction des collaborateurs.
Success factor in implementing groupware applications, par Maria Joaquina Barrulas, project leader, et Zita Correia, Instituto National de Engenharia e Tecnologia, P. de Abreu Nunes, A. Palma Dos Reis et Clara C. Santos, Instituto Superior de Economia e Gesstào, Lisbonne
Les recherches antérieures ont montré que la prise en compte des dimensions socioculturelles dans l’adoption des systèmes d’information (IS) en général et du groupware en particulier est cruciale pour la réussite de l’implantation de ces systèmes. Le travail de recherche présenté ici a pour objectif de mettre en évidence dans quelle mesure les trois études de cas concrets réalisées par les auteurs, concernant le choix et la mise en place de workflow, intègrent les principales conclusions rapportées par la littérature académique, et comment des dimensions abstraites sont présentes dans de tels processus.
Cette étude se situe dans le cadre d’une recherche-action coopérative qui met en œuvre un système de conférences électroniques (GroupSystems) et un protocole de conduite de résolution de problèmes par SSM (Soft Systems Methodology). Les observations effectuées jusqu’à maintenant dans la présente étude confirment les données essentielles de la littérature, en particulier la nécessité d’avoir une approche volontariste de changement de méthode de management, en insistant sur deux points : l’importance de l’impulsion donnée par le management supérieur et la formation des usagers aux technologies de l’information, comme éléments primordiaux pour une mise en place réussie d’un système de workflow.
Thomweb : l’intranet de Thomson-CSF, par Jean-Luc PLET, chef de projet, responsable du déploiement de l’intranet chez Thomson-CSF
Cette contribution décrit un exemple concret d’intranet opérationnel dans une grande entreprise. Elle présente les différents acteurs impliqués, la structuration du réseau ainsi que les conditions nécessaires pour l’atteinte des objectifs.
L’intranet est considéré comme un outil de décloisonnement et de transversalité dans le groupe Thomson-CSF. Il développe en particulier la capitalisation des connaissances collectives dont la gestion efficace est en mesure d’apporter un avantage concurrentiel à l’entreprise. Cette capitalisation est basée sur des réseaux d’experts dont le rôle est de collecter, d’organiser, de qualifier et de disséminer les bonnes pratiques, les exemples et les réalisations. Elle doit permettre aux différents métiers concernés par les projets et affaires du groupe d’intégrer l’expérience collective dans la créativité, par un accès facile à cet espace de connaissances.
L’intranet Totem : un nouveau point de ralliement pour la Délégation générale pour l’armement, par Rosa Casany, responsable de l’intranet à la Direction des systèmes de forces et de la prospective de la DGA, Yves Le Floch, premier responsable du réseau intelligence économique et stratégique de la DGA, Pierre-Etienne Ranche, responsable du Comité de pilotage intranet DGA
L’intranet de la Délégation générale pour l’armement (DGA), que présente ce chapitre, a été créé en 1997, dans le cadre du dispositif global d’intelligence économique et stratégique, pour faciliter la recherche et le partage de l’information dans cet organe du ministère de la Défense. Implanté dans tous les services et toutes les directions, cet outil a connu un rapide développement depuis son lancement. Il constitue l’unique support d’information qui peut toucher plus de cinq mille personnes et a un rôle central et indéniablement fédérateur. Un exemple concret de la mise en place de l’un des sites de cet intranet est décrit : celui du Bureau de la propriété industrielle.
Les bibliothèques académiques : des organisations complexes en mouvement, par Christine Ollendorff et Jean-Michel Salaün, CERSI, École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques, Patrick Truchot, Laboratoire CPN, École nationale supérieure des arts et métiers
Cette contribution définit un cadre d’étude d’une bibliothèque académique dans la dynamique de changement en proposant au décisionnaire une vision systémique de l’organisation qu’il conduit. Les auteurs distinguent trois étapes dans la modélisation systémique d’une bibliothèque vue en tant qu’organisation complexe : l’étude de son environnement (en particulier, les réseaux), l’analyse de son fonctionnement et celle de son management. Ils mettent l’accent sur la définition d’une bibliothèque académique en tant qu’organisation apprenante.
L’impact de la mise en place d’un intranet au sein d’une institution : le cas d’un grand réseau hospitalier suisse, par Ariel RICHARD-ARLAUD, conseil en organisation et management de l’information
L’auteur a réalisé une étude pour la mise d’un intranet au sein des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Elle rappelle, dans un premier temps, son point de vue sur les spécificités d’un intranet et les intérêts qu’il peut y avoir à une implantation de ce type dans une organisation. Elle décrit, ensuite, l’organisation et les caractéristiques des hôpitaux universitaires de Genève. Puis, elle fait une analyse des besoins des utilisateurs, et les met en regard des différents types d’intranet qu’elle a identifiés. Elle propose une implantation d’intranet du type qu’elle qualifie de ” carrefour ” et donne une première appréciation des résultats obtenus. Enfin, elle livre au lecteur quelques trucs et astuces pour réussir une telle opération.
L’effet réseau sur les métiers
Le télétravail ou travail à distance : le cas de France Télécom, par Alain BÉRÉZIAT, directeur du projet Télétravail, branche Développement, France Télécom
France Télécom, quatrième opérateur mondial de télécommunications, est un groupe d’environ cent soixante mille personnes qui a réalisé un chiffre d’affaires de 161,7 milliards de francs en 1998.
En tant qu’opérateur, France Télécom offre une vaste gamme de produits et services au profit de ses clients : particuliers, PME, PMI, grandes entreprises, administrations et collectivités locales, qui souhaitent mettre en place toutes les formes de télétravail. Car France Télécom est convaincu que le moment est maintenant venu d’intégrer le télétravail dans la problématique économique et sociale de l’organisation du travail et de la vie professionnelle.
Et bien évidemment, France Télécom pratique en interne le télétravail, depuis de longues années, sous différentes formes : télédéploiement, travail nomade et travail coopératif. L’expérience de France Télécom est déjà ancienne dans ce domaine, puisqu’elle remonte aux années 1970. Au-delà des exemples présentés, très bien documentés, l’auteur propose une analyse des possibilités offertes et une méthode pour mettre en place un tel dispositif.
Le télétravail : le point après quelques années d’expérimentation, par Clémentine CHAVANY, Henri FÉLIX, Luc GÉRARD, membres du Club télétravail et téléactivités du Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France
Les auteurs sont tous membres du CTT : Club télétravail et téléactivités du Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France (CNISF), que préside Henri Félix. Le CTT, dont il sera question dans le texte, entretient une veille et une réflexion sur ce thème, pour le compte du CNISF, attentif à toutes les formes d’évolution de l’activité professionnelle des ingénieurs et, plus généralement, de l’entreprise.
Ce texte présente un état de la question du télétravail : les expériences et pratiques en France et à l’étranger, les programmes de développement, en particulier européens, les réflexions en cours. Au fil du texte, le lecteur se familiarisera avec un vocabulaire qui ne craint pas le néologisme…
Après un rappel des différentes formes de télétravail, de ses difficultés et de ses avantages, les auteurs présentent les grandes étapes du développement du télétravail en France. Ils présentent, ensuite, les pratiques dans ce domaine au-delà des frontières. Enfin, ils tentent d’analyser l’impact de la pratique du travail à distance sur la formation et le métier d’ingénieur.
Incidence de la numérisation et des réseaux sur l’organisation du travail : le cas de l’audiovisuel de formation et de divertissement, par Florent PASQUIER, post-doctorant au Groupe de recherche sur les apprentissages et les médias (GRAME), Université Paris 8
Ce texte est fondé sur les résultats d’une recherche-action, sur l’utilisation d’un serveur de vidéo interactive, menée dans le cadre de la thèse de l’auteur soutenue en sciences de l’information et en sciences de l’éducation à l’Université Paris 7 Jussieu.
Le passage des techniques à base d’analogique à celles à base de numérique induit deux bouleversements majeurs : la disponibilité permanente des informations par leur mise en réseau et leur mise en interactivité. La miniaturisation des équipements et leur accessibilité grandissante par une baisse des prix constante bouleversent les équilibres et les rôles que s’étaient attribués les acteurs de la chaîne de la valeur ajoutée des métiers se servant des techniques audiovisuelles.
Les nouvelles tendances qui dessinent la répartition des cartes dans les nouveaux territoires en émergence sont présentées, ainsi que les limites nouvelles qui apparaissent dans le traitement des données informatives dans leur forme numérique. Les domaines d’applications retenus sont ceux des industries audiovisuelles de la formation et du divertissement (cinéma).
Ce texte traitera donc, en particulier, de l’influence des NTIC sur l’organisation du travail et sur les rapports de force dans les professions liées à ces industries.
L’effet réseau sur les secteurs d’activité
Effets de la dématérialisation de l’information dans le secteur de la lingerie féminine, par Michel Fernandès, conseil en organisation et en système d’information, Marie-Noëlle Sicard, maître de conférences à l’Université de technologie de Compiègne
Ce chapitre est consacré à l’impact des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans le secteur de la lingerie féminine en France, en particulier sur le système de distribution. Les auteurs présentent, d’abord, les différents canaux de distribution existants dans le secteur de la lingerie féminine en France. Ils révèlent, en se plaçant du point de vue des NTIC, comment les chaînes spécialisées se sont rapidement imposées. Ils décrivent, ensuite, les effets de la dématérialisation dans les relations marchandes de ce secteur. L’étude montre que l’utilisation des NTIC n’a pas provoqué un changement au niveau de la relation directe entre le client final et le fournisseur, mais a conduit à l’émergence d’un nouveau canal de distribution : celui des chaînes spécialisées.
Internet sera-t-il le moteur de la reconfiguration du système de santé ? par Pierre CHAPIGNAC, directeur du cabinet Stratégie Mutation
Se référant à la nature des éléments qui composent le système de santé français, l’auteur, dans une large réflexion, fait apparaître que celui-ci est particulièrement adapté à une reconfiguration, sous l’effet de la numérisation et des réseaux électroniques. Il analyse l’apport et l’impact positif de l’usage des technologies modernes d’information sur chacun des quatre types de flux impliqués : flux de produits et de services, flux d’informations et de connaissances, flux financiers et flux humains, ainsi que sur les grandes fonctions professionnelles concernées. L’organisation en réseau, le partage accru de l’information et de la connaissance, la nouvelle approche de la valeur produite, sont quelques-uns des éléments de cette évolution, qui devrait conduire à la mise en place de réseaux de soins et à une orientation des industries de la santé tendant à remplacer l’action de ” vendre du médicament ” par celle de ” vendre de la santé “.
Une ” ville numérique ” : les nouvelles technologies à Issy-les-Moulineaux
L’expérience de ” ville numérique ” d’Issy-les-Moulineaux avait été présentée, lors du colloque TRANSinfo 98, par Georges-Yves Kerven, président de l’Association des villes numériques. Le texte publié ici met à jour cette présentation : il a déjà paru dans une brochure d’information éditée par Issy Media, organisme de communication dépendant de la ville d’Issy-les-Moulineaux.
Vers la mise en place des nouvelles technologies de formation : objectifs, écueils et réalisations, par Christian HUET, Bureau régional de la formation permanente, Centre national de la recherche scientifique, Délégation Île-de-France Sud
L’auteur analyse l’apport des dispositifs d’enseignement à distance et en décrit les avantages tant pour l’organisme qui les met en place que pour les stagiaires. Il s’appuie sur l’élaboration d’une action de formation, dans l’une des délégations du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Ce travail, en prenant en compte un certain nombre de paramètres relatifs aux apprenants, concerne les plans conceptuel, institutionnel et pédagogique. Il sera approfondi grâce à la collaboration avec une équipe de recherche spécialisée.
Approche réseau dans l’Éducation nationale, par Guy POUZARD, directeur du Centre régional de documentation pédagogique de Poitiers, inspecteur général de l’Éducation nationale, président de la commission Informatique et techniques de communication de l’IGEN
L’auteur, à travers l’expérience et la réflexion issues de ses fonctions à responsabilité, exercées dans l’Education nationale, fait le point sur l’état actuel et les perspectives de l’utilisation des technologies modernes d’information dans ce secteur. Il évoque les liens historiques entretenus entre l’information et ses types de supports successifs et l’éducation. Ainsi, même si de nos jours, le support de la pédagogie reste essentiellement l’écrit sur support papier, les développements du multimédia et des réseaux à des fins d’information, de culture, de jeux, investissent de plus en plus l’éducation et le travail. La généralisation de l’utilisation raisonnée de ces outils à l’école exige d’importants efforts, aussi bien collectifs qu’individuels, autant économiques que sociaux. Jouer pleinement son rôle dans l’évolution des civilisations est un défi pour la véritable école du XXIe siècle. L’auteur engage chacun à y réfléchir sérieusement.
De 1901 à 2001 : l’Odyssée de l’espace associatif, par Jean MICHEL, conseiller du directeur de l’École nationale des ponts et chaussées, président de la commission Information-communication de la FMOI, ancien président de l’ADBS, président de l’AFAV
Ce texte fait la synthèse de différents travaux. Au sein et à partir du CNISF, la commission MIC (Management de l’information et de la communication) a joué un rôle important de sensibilisation à l’utilisation d’Internet dans les associations professionnelles, en particulier d’ingénieurs, à partir de 1994. De nombreuses conférences ont été réalisées. Il s’agissait, au début, de faire connaître Internet et ses développements avec ce qu’il offrait de possibilités nouvelles pour la vie professionnelle des ingénieurs. En 1997, l’action a porté sur la sensibilisation des associations aux avantages de l’utilisation d’Internet pour leur propre management. Ce texte est représentatif de cette démarche à la fois explicative et démonstrative appuyée sur deux études de cas.
Bibliographie générale : L’effet réseau : pour approfondir…, par Madeleine MAILLEBOUIS, Corinne LESPESSAILLES, documentalistes au Centre de documentation sur la formation et le travail du Conservatoire national des arts et métiers
Cette bibliographie a été réalisée au Centre de documentation sur la formation et le travail du CNAM (Conservatoire national des arts et métiers). Elle regroupe des références depuis 1992, classées par ordre chronologique décroissant. Elle rassemble un corpus documentaire sur l’impact de l’introduction de plus en plus massive des nouvelles technologies dans les organisations. Si le terme de ” réseau ” a un usage courant très ancien, ce n’est que récemment que l’économie s’en est emparée avec le développement de l’informatique et des télécommunications en mettant en avant son rôle social structurant et organisateur.
Cette bibliographie met principalement l’accent sur le développement des réseaux électroniques et leurs effets sur l’entreprise dans ses stratégies de communication, d’organisation et de management. Sur les aspects économiques et commerciaux des réseaux d’entreprise, une recherche la compléterait utilement.
Pour commander ce livre, www.lavoisier.fr/



août 13th, 2009 at 9:25
BONSOIR,
je pense que le télétravail n’est pas un phénomène nouveau seulement il s’est développé grâce aux TIC qui sont un moyen de faciliter la communication entre les acteurs de l’entreprise